Sunday, November 13, 2011

5 biais cognitifs qui prouvent que votre cerveau hait la Science.

(Note for the english readers : Below is mostly the french translation of the following blog article : http://gammasquad.uproxx.com/2011/11/five-cognitive-biases-that-prove-your-brain-hates-science#more-49841)

Cela fait maintenant près de deux ans que la question de l'esprit critique et de la rigueur scientifique fait de plus en plus rage dans les conversations que j'entamme avec les gens qui m'entourent.
Dès lors, dès que j'ai vu l'article que je m'apprête à traduire, je me suis dit : "il est temps de relayer plus régulièrement ce type d'informations".
Voici donc la traduction d'un article qui résume 5 raisons qui expliqueraient pourquoi les gens (a priori) censés ont du mal à accepter qu'il serait plus raisonnable de s'en remettre à la science.


(Article écrit par Dan Seitz)
Plus tôt cette semaine, nous avons parlé de parents idiots qui avaient décidé qu'il s'y connaissaient mieux en matière de santé que les docteurs, et ont donc donné à leurs enfants des sucettes infectées à la varicelle plutôt que de les faire vacciner. Il va sans dire qu'une grande partie d'entre nous sont estomaqués de voir à quel point ces gens ont sauté dans le canoe des abrutis et pagayé en direction de la baie Tueur-D-Enfants. Comment est-il possible qu'il n'aient pas prêté une attention particulière à la science ? Sont-ils stupides ?

Il s'agit d'une question qu'on se pose souvent. Richard Muller, un sceptique du climat bien connu, a récemment publié un rapport qui [...] rapporte qu'il avait tort; les changements climatiques sont bel et bien en train d'arriver [...] Et nous avons toujours des sceptiques du changement climatique et ceci ne les a pas freiné. Et il y a toujours des gens qui hurlent que l'évolution est "juste une théorie".

Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?

La réponse courte : votre cerveau n'aime pas avoir tort. Pas du tout. Et il prendra d'incroyables détours pour se convaincre qu'il n'a pas tort, même quand c'est le cas. Si la science est basée sur l'observation objective des faits, voici 5 biais cognitifs au travail dans notre cerveau qui nous empêche sans cesse d'admettre nos erreurs.

#5) Le biais de la tache aveugle
Vous avez déjà regardé un débat polique et pensé "Oh, mec la solution est pourtant si simple. Si seulement ces personnes pouvaient arrêter de se gueuler dessus. C'est vraiment dommage qu'il n'ont pas une vision des choses aussi libre, claire et intelligente que moi" ?

Bien sûr que oui, vous l'avez déjà pensé. Nous l'avons tous fait. Mais il y a un problème : c'est que de la connerie. Vous êtes biaisé comme le reste du monde, votre cerveau ne va, par contre, pas l'admettre.

Nous avons tous une tendance à être biaisés, de manière étrange, qui nous pousse à nous conidérer comme bien plus objectifs que tous les clowns qui nous entourent. Chacun d'entre nous a un biais cognitif dans notre cerveau qui est convaincu que nous n'avons pas le même nombre de biais cognitifs que les autres, et que nous pouvons donc observer les situations beaucoup plus clairement et objectivement.

En d'autres termes, si quelqu'un vient vous voir avec une vue contraire à ce que vous croyez, vous rejetterez celle-ci puisque, de toute évidence, cette personne doit être biaisée. "Bien sûr que les scientifiques croient en la science ! C'est leur boulot ! Ils sont aveuglés par la science ! Je m'y connais mieux que ces scientifiques biaisés" ! Voilà pourquoi ces parents ont donné à leurs enfants une maladie potentiellement fatale.

#4) La réactance

Nous avons tous déjà entendu de désopilantes phrases toutes faites telles que "Le fruit défendu est le meilleur", mais ce qu'on ne réalise pas c'est que les psychologues sont presque sûrs qu'il s'agit d'une vérité scientifique. A la seule différence qu'ils appellent ce phénomène "réactance", parce qu'ils sont chiants.

La réactance est définie comme "le besoin de faire le contraire de ce qu'une autre personne vous demande de faire, ceci à cause du besoin de résister à l'atteinte perçue de votre liberté comportementale"; en d'autres termes, si quelque vous demande de ne pas faire quelque chose, votre cerveau voudra absolument le faire, parce que c'est marrant d'être un p'tit con. Sérieusement, quelques psychologues pensent qu'une part de ceci s'explique vraiment parce que c'est marrant à faire.

Et ça accable le sens commun de manière assez pratique: les tests de réactance consistent généralement à montrer aux sujets des messages leur demandant de faire des choses du style "se passer du fil dentaire" ou "ne pas s'imbiber d'alcool" et, à coup sûr, les sujets arrêtent de passer le fil dentaire ou encore passent une nuit d'enfer à boire de la gnaule comme si c'était de l'eau parce que le sujet est maître de sa propre personne, bordel, et parce que personne ne lui dira ce qu'il doit faire !

A l'exception de quelques parties de son cerveau, manifestement. Ainsi, pour en revenir à nos "Parents de l'Année", une partie de l'explication de pourquoi ils ont fait ça était parce que tout le monde leur disait de ne pas le faire. Il s'agissait exactement du motif dont ils avaient besoin pour se "rebeller" et... tuer leurs enfants. Mmmh, attendez.

#3) L'ancrage

Pour vous donner une idée du problème de l'ancrage, il s'agit d'un truc dont les types des finances se servent pour se rappeler à l'ordre sans cesse. C'est plutôt simple: quand on prend des décisions on a tendance à se fier beaucoup trop à une pièce d'informations. Une fois qu'on se crée cette "ancre", ça se transforme alors en une sorte de trou noir, aspirant chaque pièce d'information vers lui et la modifiant afin de lui donner une forme bien plus agréable et laisse penser votre cerveau qu'il ne peut pas avoir tort.

Pour reprendre l'exemple de nos abrutis de parents, l'information qu'ils ont ancrée est "certaines études ont montré que les vaccinations peuvent causer l'autisme". Une fois que l'ancre a été forgée, oublie. Tout ce qu'ils pourront entendre par la suite n'aura pas le même poids. Cela va même déclencher un autre biais :

#2) Le biais de confirmation

Vous en avez sûrement déjà entendu parler, c'est plutôt simple : vous cherchez l'information qui soutient votre opinion, et vous interprétez l'information qui ne soutient pas votre opinion d'une manière telle que vous pensez toujours avoir raison. En d'autres mots, votre cerveau va s'assoir et bouder dans un coin dès que quelqu'un n'est pas d'accord avec lui.

C'est tellement envahissant que les scientifiques ont vachement la trouille : le biais de confirmation est la raison pour laquelle toutes les publications scientifiques sont sujets a la critique des pairs, et aussi pourquoi les scientifiques documentent absolument tout. Mais la plupart des gens n'ont pas à faire preuve d'une telle rigueur. Ils n'ont pas à montrer à leurs amis la preuve que les vaccins ont mis leurs enfants en danger. Après tout c'est leurs enfants.

Mais le biais de confirmation ne peut pas être si puissant, hein Les études ont été réfutées, toutes. Tout ce qui est contre le mouvement "anti-vaccin" s'est avéré faux. A un tel point que le cerveau va devoir accepter que, peut-être, il a merdé, c'est pas vrai ?

Faux.

#1) L'effet "retour de flamme"
C'est vraiment facile : si on vous montre des preuves logiques et claires qui réfutent vos croyances, vous ne changerez pas vos croyances. Au contraires, elles vont se renforcer.

Si vous vous êtes déjà demandé comment les personnes avec un diplôme universitaire et une certaine expérience avec la pensée critique peuvent balayer d'un geste de la main des preuves scientifiques bien écrites et bien documentées, vous avez ici un bel exemple. Non seulement le fait de leur montrer qu'ils ont tort ne va pas leur faire changer d'avis, mais ça fera le contraire.


Aucun de ces biais n'est tout puissant, bien sûr; les gens changent d'avis sans arrêt. Ce n'est juste pas un processus appliqué avec loqique et évaluation minutieuse des faits. La plupart du temps, c'est sous-tendu par une sorte de phénomène émotionnel. Donc oui, si on avait envoyé aux parents un petit chien tout velu portant un panneau avec "Sioupléééé, ne donnez pas à vos p'tit bout'chous une vilaine vilaine maladiiiiie", ça aurait sans doute mieux fonctionné....

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Voilà, je suis trop mou pour tout relire et j'espère que les tournures anglaises ne sont pas trop présentes ;-).
Personnellement, sans vouloir rentrer trop dans le débat aujourd'hui (mais puisqu'il s'agissait quand même d'un article de psychologie), je ne peux m'empêcher de penser que c'est ce genre de mécanismes qui explique sans doute pourquoi encore beaucoup de psychanalystes se retranchent derrières des arguments ignorant délibérément les dernières avancées scientifiques en matière de sciences de l'esprit.
Mais bon, il y a bien pire... dans une autre catégorie, je ne parle même pas de cette abomination qu'est le mouvement créationniste... :-)

Et en cadeau, voici une vidéo (en anglais) sur "la pensée critique". Il s'agit pour moi de l'artiste le plus intéressant qu'il m'ait jamais été de découvrir : Tim Minchin.

Bon amusement et merci pour votre lecture ! Bonne fin de w-e !

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